Pour la collection « Classiques & Contemporains, Claude Klotz a accepté de répondre aux questions de Marie Lescure, professeur de Lettres et auteur de l’appareil pédagogique de Killer Kid.
Claude Klotz : Si vous avez lu ce roman, vous savez tout sur moi. (Il rit.) Ce qui est vrai, c’est mon horreur pour l’école. J’y ai eu des instituteurs très durs et humiliants. Plus tard, quand j’ai vendu mon premier roman à un million d’exemplaires, j’ai voulu retrouver celui qui m’a fait le plus souffrir pour lui montrer que je ne finissais pas sous les ponts comme il me l’avait prédit. Malheureusement, il était mort. J’étais triste. Bien sûr, de ne pas pouvoir lui montrer qu’il s’était trompé. La mère de Povchéri n’a ceci de commun avec la mienne qu’elle acceptait son sort mais elle a été une bonne mère. Le début de ma vie s’est déroulé à Marseille sous le soleil. J’ai eu une petite enfance très heureuse jusqu’à mon arrivée dans la région parisienne. C’était la guerre, tout était gris. Il y avait des restrictions et la seule sortie que nous faisions était à la Comédie-Française parce qu’il y avait des places bon marché mais très haut perchées. Je ne voyais pas tout mais j’ai eu quand même la chance de voir jouer de grands acteurs comme Pierre Dux et Jean Weber.
C. K. : Quand j’ai commencé à écrire, je ne voyais pas d’inconvénient à signer de mon propre nom. Mais un jour, j’ai voulu changer de genre littéraire et mon éditeur m’a demandé de prendre un pseudonyme pour que les lecteurs s’y retrouvent. Je ne voulais pas me cacher particulièrement, aussi j’ai pris le nom de ma mère : Cauvin, et comme il fallait prendre un prénom, Jean-Claude Lattès m’a proposé Patrick puisque c’était traduisible dans toutes les langues. Klotz est attaché aux romans noirs et Cauvin aux autres, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi Klotz pour Killer Kid, qui est quand même très noir.
C. K. : Non. D’ailleurs, je ne suis pas toujours ravi de ces films. Surtout pour Killer Kid, le metteur en scène a voulu une happy end. Les enfants ne meurent pas et la gardienne de la tour qui assassine l’un des deux enfants dans le roman est, dans le film, une pin-up droguée. Même pour les scénarios, parfois je suis étonné de mes répliques dans la bouche des acteurs. Je ne retrouve plus l’intention que j’y avais mise. Mais c’est ainsi, le texte ne m’appartient plus.
C. K. : J’aime cet exercice. C’est une sorte de récréation. Créer une ambiance, jouer avec les mots, et puis j’aime les dialogues, les répliques. J’ai fait dernièrement des scénarios pour des films de Patrice Leconte : Félix et Lola et Le mari de la coiffeuse.
C. K. : Il y en a six : Pourquoi pas nous ?, Monsieur Papa, Dracula Père et Fils, E=MC2 mon amour, dont le titre au cinéma est I love you, je t’aime, Théâtre dans la nuit, Villa Vanille et Iaroslav, qui n’est pas encore sorti. [Cette interview a été réalisée en 2001.]
C. K. : Non. L’idée de ce bouquin m’est venue en regardant un journal télévisé. Il s’agissait du Noël des enfants du personnel de l’Élysée et le président de l’époque, Giscard d’Estaing, remettait les cadeaux. Je me suis posé la question de sa protection qui n’avait pas l’air évidente et je me suis dit qu’un gosse, enfant-soldat, pourrait très bien lui tirer dessus.
C. K. : Non, ce n’est pas lui. J’ai écrit ce roman en 1988. L’idée avait fait son chemin.
C. K. : Non, j’ai fait d’autres voyages qui ont servi de décors à mes romans, mais là, non, je n’y suis pas allé. J’ai lu des bouquins sur la question.
C. K. : Oui, avant de partir à l’armée en 1958, je luttais pour « la paix en Algérie » et puis au moment de Mai 68, j’ai été très militant.
C. K. : Ce que j’ai voulu surtout montrer, c’est le fait, qui est vrai, qu’il y a des enfants-soldats et que des salauds enlèvent ou achètent des gosses pour leur mettre une arme entre les mains. J’aurais pu choisir un petit Noir ou un Asiatique mais j’ai voulu qu’il y ait une ressemblance avec un petit Maghrébin.
C. K. : Dans ce bouquin, ce sont les deux mômes mes préférés, l’amitié qui les lie. Les autres ne sont que des comparses. Pour les autres romans, dans l’ensemble, j’aime tous mes personnages. On peut retrouver des caractéristiques communes à beaucoup. Certaines héroïnes, surtout, sont la même femme qui court d’un roman à l’autre.
C. K. : C’est l’influence du cinéma américain. Ce montage en parallèle met les héros à égalité. Cela crée une attente du lecteur jusqu’au moment où ils se rencontrent.
C. K. : Non, je ne prends jamais de notes, je ne me balade pas avec un carnet. Avant de commencer un roman, je fais un plan avec un ou deux axes, je sais où je vais mais quand je me mets à ma table de travail, je ne sais pas exactement ce qui va se passer pour mes personnages. Ils naissent au fil de la plume. Comme d’ailleurs, je ne les décris pas, cela bloque l’imagination du lecteur.
C. K. : Il est double : satisfaction d’avoir fini et tristesse de quitter un univers.
C. K. : Non. C’est le hasard des médias qui joue à partir de ce moment-là.
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