Il y a plusieurs Alexandre Dumas dans la même personne. L’un, le plus connu, est le romancier, auteur des Trois Mousquetaires (1844), de La Reine Margot (1845) et du Conte de Monte-Cristo (1844-1845). L’autre, le plus célèbre à son époque, est un homme de théâtre, qui révolutionna le spectacle avec Henri III et sa Cour (1829), Antony (1831) ou La Tour de Nesle (1832). Le dernier enfin, né à Villers-Cotterêts le 24 juillet 1802, est un jeune mulâtre, fils d’un ancien esclave de Saint-Domingue devenu général de la République.
Le jeune enfant est orphelin de père à trois ans : le fils, au milieu des préparatifs des obsèques, s’empare d’un fusil, et grimpe à la fenêtre du grenier « pour tuer le bon Dieu qui a tué Papa ». « Monté » à Paris en 1823, il occupe divers emplois, dont celui de copiste (comme son héros, Gabriel Lambert, pour le compte du duc d’Orléans, futur Louis-Philippe) avant de s’imposer au théâtre.
Il aurait pu se contenter d’être un homme de lettres à succès ; il s’engage pourtant dans la révolution de juillet 1830, passe à travers les balles sur les barricades, part avec un ami s’emparer de la poudrière de Soissons ; à deux, ils font prisonnier tout le corps d’armée qui occupait la forteresse.
Dumas ne cessera d’ailleurs jamais de s’engager : en 1852, il s’exile momentanément, comme Victor Hugo, pour protester contre le coup d’État de Napoléon III, et en 1860, il vend ses biens pour acheter des armes pour l’armée de Garibaldi, avec lequel il participe à la libération de l’Italie.
Ce n’est là qu’un de ses nombreux voyages. Il connaît à fond la France entière, a visité l’Italie et presque toute la Méditerranée, l’Angleterre, l’Allemagne et même la Russie.
Tout en voyageant, Dumas ne cesse d’écrire, parfois avec l’aide de « nègres », collaborateurs qui lui préparent le travail. Il est l’auteur avoué de plus de cent pièces de théâtre et près de trois cents volumes, comprenant des romans, des mémoires ou souvenirs et quelques poèmes. On lui doit en outre un Dictionnaire de cuisine, écrit peu avant sa mort, en 1870.
Dumas profite avec habileté de la vogue des romans-feuilletons, qui paraissent en épisodes dans les journaux du temps. Infatigable, il passe de sa loge de l’Opéra aux bureaux de La Presse ou du Siècle, rédige là le feuilleton du jour, rentre à peine chez lui qu’il est déjà reparti chez l’un(e) ou l’autre de ses ami(e)s, avec qui il participera, si l’occasion se présente, à un souper gastronomique.
Cet écrivain engagé, ce voyageur inlassable, cet auteur incroyablement fécond, est également un amoureux fervent – à cela près que, toujours amoureux, il l’est rarement de la même femme. Il a d’ailleurs plusieurs enfants, de mères différentes, dont un certain Alexandre Dumas fils (né en 1824), auteur plus tard d’un mélodrame à succès intitulé La Dame aux camélias (1848).
Écrit la même année que Les Trois Mousquetaires, Le Bagnard de l’Opéra met en scène des personnages que Dumas a connus et, par le biais particulièrement moderne d’une narration distribuée entre plusieurs spectateurs, propose un roman qui a tout l’air d’un témoignage. Ce texte, injustement méconnu, recèle l’étude précise, réaliste et romanesque à la fois, d’un jeune homme pauvre, trop doué pour être honnête…
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